L’article analyse la montée en puissance de la médecine traditionnelle chinoise, et plus spécifiquement des formules de pharmacopée chinoise (Chinese herbal medicine, CHM), dans la recherche clinique mondiale. Historiquement, les grandes revues médicales internationales (Annals of Internal Medicine, BMJ, The Lancet, JAMA, NEJM) ont surtout publié des essais randomisés contrôlés (RCT) sur l’acupuncture, avec plus de 46 RCT recensés, tandis que les formules de plantes restaient marginales. L’auteur montre qu’un changement de paradigme est en cours : les essais cliniques sur les formules de CHM sont désormais publiés dans des journaux de premier quartile (Q1), avec une augmentation de plus de 40 fois en vingt ans.

Un exemple emblématique est l’essai multicentrique, randomisé, en double insu, contrôlé par placebo, sur la formule FYTF‑919 (Zhongfeng Xingnao) dans l’hémorragie intracérébrale aiguë, publié dans The Lancet en novembre 2024. D’autres RCT publiés dans les revues du groupe JAMA portent sur l’infarctus du myocarde, l’AVC ischémique, la sepsis et la grippe H1N1, et suggèrent une efficacité et une sécurité intéressantes des formules de CHM dans des contextes cliniques graves. Ces travaux marquent l’entrée de la pharmacopée chinoise dans le champ des thérapeutiques « mainstream ».

L’article souligne cependant plusieurs limites structurelles de la recherche actuelle : standardisation insuffisante de la différenciation des syndromes (bianzheng), difficulté à intégrer les classifications de santé propres à la MTC dans des protocoles occidentaux, et tendance à choisir des critères de jugement trop simplifiés qui ne reflètent pas la complexité synergique des formules. Les auteurs relèvent aussi que les essais à grande échelle, multicentriques, restent encore peu nombreux comparés au potentiel clinique de ces préparations.

​Pour dépasser ces obstacles, le commentaire propose d’articuler plus étroitement les méthodologies internationales (guidelines CONSORT, registres d’essais cliniques, analyses statistiques robustes) avec les spécificités épistémologiques de la MTC. Il recommande de recourir aux approches multi‑omiques, au big data, à l’intelligence artificielle et au machine learning pour mieux sélectionner les participants sur la base de diagnostics MTC et pour analyser les effets multi‑cibles et multi‑systèmes des formules. Cette intégration méthodologique permettrait de démontrer des bénéfices spécifiques pour des sous‑groupes bien caractérisés, et donc de rapprocher la MTC des priorités de la médecine de précision.

Enfin, l’article appelle la communauté de la MTC à « capitaliser sur ce momentum » en concevant des études plus rigoureuses, en acceptant et en publiant aussi les résultats négatifs, et en dialoguant avec les décideurs de santé publique afin que les formules de CHM puissent trouver leur place dans les systèmes de santé mondiaux. Selon l’auteur, la trajectoire actuelle laisse penser que ces formules sont en passe de devenir une option thérapeutique reconnue à l’échelle internationale.

Source: National Library of Medicine, National Center for Biotechnology Information publié le 23 janvier 2025