L’essai est monocentrique, prospectif, à simple insu, mené dans le service d’acupuncture‑moxibustion d’un hôpital universitaire de médecine chinoise au Zhejiang. Quatre‑vingt‑seize patients âgés de 18 à 40 ans, présentant une insomnie primaire correspondant au tableau MTC « dépression du foie et insuffisance de la rate », seront randomisés (1:1) entre un groupe acupuncture Jing Bie (SI17, TE16) et un groupe acupuncture conventionnelle sur Baihui, Sishencong, Qimen, Zhangmen, Hegu et Taichong. Ils recevront 12 séances sur 4 semaines (3 séances/semaine), avec suivi à 4 semaines après la fin du traitement. Un groupe parallèle de 48 volontaires sains, non randomisés et non traités, servira de référence pour les paramètres physiologiques et neurochimiques.

Le protocole combine critères subjectifs et objectifs. Les critères principaux sont la qualité du sommeil (PSQI) et la qualité de vie (SF‑36), évalués à trois temps (avant traitement, semaine 4, suivi). Les critères secondaires comprennent l’Insomnia Severity Index (ISI), l’échelle DBAS‑16 (croyances dysfonctionnelles sur le sommeil) ainsi que des marqueurs neurochimiques centraux, GABA et glutamate, mesurés par spectroscopie IRM dans des régions clés impliquées dans l’hyperéveil. Les mécanismes sont explorés via la variabilité de la fréquence cardiaque (HRV : LF, HF, LF/HF, indices sympathiques et parasympathiques), la polysomnographie (efficacité du sommeil, latence, architecture des stades) et une IRM structurale et spectroscopique standardisée.

Sur le plan MTC, l’insomnie de type stagnation du foie, rate déficiente est interprétée comme une perturbation de la circulation du Qi, un déséquilibre entre ying et wei et une dysharmonie du Shaoyang. La sélection de points cervicaux selon Jing Bie vise à relier membres, zang‑fu, tête et organes des sens, à harmoniser yin‑yang et à restaurer une descente physiologique du yang dans le yin durant la nuit. Sur le plan biomédical, ces points sont proches de la chaîne sympathique cervicale ; leur stimulation pourrait moduler le SNA, diminuer l’hyperactivité sympathique, ajuster l’axe hypothalamo‑hypophyso‑surrénalien et, in fine, réduire l’état d’hyperéveil mesuré par HRV, PSG et biomarqueurs.

Méthodologiquement, la randomisation par blocs, la standardisation des techniques d’aiguille, la prise en compte des co‑médications et des données de carnets de sommeil comme covariables, ainsi que l’aveugle des évaluateurs et statisticiens, visent à renforcer la validité interne. Les auteurs reconnaissent toutefois des limites : inclusion restreinte aux 18–40 ans, durée minimale de maladie de 2 semaines, impossibilité de double aveugle des praticiens et caractère observationnel des comparaisons avec les témoins sains. Malgré cela, l’étude ambitionne d’offrir un modèle intégratif qui relie concepts MTC (Jing Bie, ying‑wei, foie‑rate) et indicateurs objectifs du SNA et du cerveau pour proposer une approche non médicamenteuse plus ciblée de l’insomnie primaire.